Présentation du conteur breton
“Pour qhi ne vét pouint ao fin râz, invencion de vère ben lein”
“ Qui ne voit pas de près ne verra jamais loin ”.
Laurent Gajo
Conteur, j’étais il y a longtemps professeur des écoles en région parisienne. J’ai appris le breton pour retrouver ma contrée d’origine. Cette langue m’a ouvert de nombreuses portes : celles de l’univers de la Basse-Bretagne, que je ne connaissais pas, celles des danses, du chant, et de la tradition orale…
Après avoir fermé le livre Le Cheval d’orgueil de Pierre-Jakez Hélias, j’ai décidé d’utiliser le conte en classe, après être revenu en Bretagne. À la fin de ce récit passionnant sur sa vie dans la société bigoudène bretonnante du début du 20ᵉ siècle, Per Jakez écrit à propos des contes qu’il entendait de la bouche de son grand-père avant qu’il ne s’endorme : « Enfant, j’ai dormi dans le lit des merveilles ».
J’ai décidé de contacter Jean-Pierre Mathias pour intervenir dans ma classe de CE1 ; c’était en 2017. Après avoir fait conter mes élèves, il m’a présenté André Thierry de Comblessac. Cela a été une révélation. Je me suis mis à conter avec les élèves d’abord, puis, après avoir participé au concours de la Bogue d’Or de Redon, que j’ai remporté en 2022, j’ai commencé à conter pour tous les publics, en tout lieu, avec cette conviction : le conte n’a pas d’âge et s’adresse à tous les âges.
La rencontre avec Ludovic Souliman a été très importante. Il m’a permis de découvrir la scène professionnelle, de gagner en justesse de parole et en richesse d’écoute.
Thérèse Dufour et Gisèle Gallais, chanteuses et conteuses de tradition orale, m’accompagnent depuis quelques années. Elles me rappellent régulièrement la règle de la transmission : « Nous sommes au service du conte et non l’inverse. «
J’ai bien sûr à cœur de transmettre les contes « rassérés » par nos collecteurs bretons, lors de veillées, seul ou en groupe. C’est une expérience qui n’a de valeur que dans le partage.
Nos langues dites “régionales” étaient les sources de notre parole, avant qu’elles ne commencent à se tarir. J’ai choisi de côtoyer les conteurs de pays qui content dans leur langue naturelle, pour y puiser force et authenticité. Le conte n’est pas seulement un divertissement ; c’est une parole de vie.
Un arbre aux racines profondes peut toucher le ciel. Ainsi, je me suis mis à explorer les répertoires d’autres contrées – Chine, Japon, Vietnam – pour me rendre compte que la parole vivante est universelle.
Un conteur breton et gallo
Le gallo, langue de Haute Bretagne m’accompagne depuis tout petit. C’est la langue que parlaient mes grands-parents. Elle porte depuis toujours une grande dimension affective pour moi.
La découverte et l’apprentissage de la langue bretonne a été ensuite le déclencheur de ma parole de conteur.
J’ai une dette envers ces langues aujourd’hui. J’y puise des couleurs et des images dont je nourris ma parole. Il me tient à cœur de les faire entendre, tant qu’elles illuminent encore les oreilles et les cœurs du public.





















